Re : Belgique : divisée ou unie ?
Cent cinquante jours après les élections du 10 juin, la Belgique est toujours sans gouvernement. Record absolu battu de deux jours! Si le pays semble s'accommoder de cette situation qui voit le cabinet sortant gérer les «affaires courantes», rien ne permet d'entrevoir un rapprochement entre chrétiens-démocrates et libéraux flamands et wallons. Sortis vainqueurs du scrutin,ils sont pourtant censés donner une coalition gouvernementale au royaume. En vain jusqu'ici!
Et alors que le candidat premier ministre, le chef des chrétiens-démocrates flamands Yves Leterme, tente cahin-caha de rapprocher des positions inconciliables, un vote aujourd'hui des députés flamands (majoritaires au parlement fédéral), sur la délicate question de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) pourrait bien faire capoter tout l'édifice.
Professeur de sciences politiques à l'Université d'Anvers, Dave Sinardet livre ici son analyse.
Que signifie la longueur de cette crise?
La grande différence par rapport aux crises précédentes, c'est que dans le passé, il y avait une dynamique pour la réforme de l'Etat et pour les discussionscommunautaires des deux côtés de la frontière linguistique. Cette fois, il n'y a que le côté flamand qui demande quelque chose (plus d'autonomie pour la Flandre), alors que les Wallons veulent le statu quo. Autre différence: la fracture au sein des partis s'est approfondie.
La crise dure, mais la Belgique fonctionne. N'est-ce pas la preuve que le gouvernement centralne sert à rien et que la crise est entretenue par la classe politique?
C'est peut-être un peu exagéré de dire que la crise est alimentée par la classe politique, mais force est de constater qu'elle ne se nourrit pas de grandes tensions dans la population, comme cela a pu être le cas dans le passé. C'est une crise essentiellement politique. Quant à dire que le gouvernement central ne sert à rien, non. S'il gère les affaires courantes, le gouvernement sortant ne pourra pas durer indéfiniment, car il y aura un moment où des décisions importantes devront être prises, comme le budget, et pour lesquelles un gouvernement au bénéfice de tous ses pouvoirs sera incontournable.
Y a-t-il encore moyen de trouver un accord de gouvernement ou la question de l'éclatement du pays va-t-elle se reposer?
On parlait beaucoup cet été d'éclatement de la Belgique. Les médias surtout. Aujourd'hui ce n'est plus le cas, il n'est plus à l'agenda et de toute façon, les Belges n'en veulent pas. Sur la question de l'accord de gouvernement, on en saura plus demain
(ndlr: aujourd'hui mercredi) avec le vote prévu sur l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde
(ndlr: seule circonscriptionbilingue du pays, sa scission réclamée par les partis flamands aurait pour conséquence desupprimer le doit accordé aux francophones d'élire, aux élections fédérales, des candidats bruxellois francophones.)
Quelle conséquence pourrait avoir ce vote?
Symboliquement cela marquerait une rupture du consensus sur lequel est bâti tout l'édifice belge. Cela dit, sur le fond, cela ne changera rien car seul le futur gouvernement serait habilité à proposer une solution à une telle question. On serait donc en pleine impasse.
Votre pronostic?
Je n'ai pas de boule de cristal, mais je pense qu'à la fin on ira vers un accord de gouvernement. Mais ce sera plutôt pour Noël que pour demain.
source:
Tribune de Genève - Détail Monde - BELGIQUE - Vivre 150 jours sans gouvernement