Re : HELP nouveau cancer
Retournement de situation, il m'a mis des sms toute la nuit, donc je n'ai pas dormi et appelé aujourd'hui, je l'ai rassuré, que faire d'autre, il s'inquiète plus pour moi que pour lui, j'ai le sentiment que l'on est depuis bientôt trois ans dans un cauchemar.
Je suis médecin, j'ai même écrit un livre sur la prostate, je connais bien le sujet, et c'est d'ailleurs ce qui le rassure, parce qu'il sait ce qu'il l'attend énurésie et impuissance (à moins que son chirurgien que je connais bien ne fasse un boulot de chef), il m'a acceptée avec et sans sein, chauve, épuisée et je vous épargne les autres effets de la chimio et m'accepte encore alors que j'ai un traitement hormonal très lourd, et que je ne suis pas toujours très agréable (on m'a ménopausée artificiellement) et j'ai des bouffées de chaleur, j'ai grossi bref...
Ce cancer on va l'affronter ensemble, mais dire que c'est une évidence : certes non.
En revanche, contrairement à ce que j'ai lu (et ce n'est pas parce que cela me concerne), mais nous allons entrer dans l'intime de l'intime et cela fait 40 ans qu'il connaît sa femme mais assez longtemps qu'ils ne sont plus un vrai couple (je le sais parce que cela fait 20 ans que je connais et que nous étions meilleurs amis -vraiment meilleurs amis, on se disait tout) et je sais qu'il va avoir besoin de moi pour ne pas être considéré comme malade, il sait que je ne porterai jamais ce regard sur lui, comme il l'a fait d'ailleurs pendant tout mon cancer.
Et, il va y avoir toute une réeducation à faire après, pour ne pas avoir de fuites urinaires, et des médocs érectiles (cyalis, viagra), il faut plus d'un an après une opération de la prostate pour ne plus avoir d'effets secondaires si on est bien opéré.
Mais, nous n'en sommes pas encore là, je suis très inquiète de la scinti osseuse qu'il fait la semaine prochaine, parce qu'il se plaint du dos depuis deux ans et cela fait deux ans qu'il ne m'écoute pas et ne s'occupe pas de lui, tant il est préoccupé par ma propre santé.
J'ai compris une chose aujourd'hui c'est ce que ce n'est pas en restant dans mon lit (sans qu'il le sache, mais il me connait tant qu'il doit s'en douter) que je vais l'aider mais en étant la femme créatrice que je suis et en fait en ne changeant en rien mon comportement par rapport à lui.
Tout en écrivant j'ai une bouffée d'angoisse, arrêt valium.
Quand on a un cancer, il faut le prendre à bras le corps, c'est une guerre, si on est passif, on ne s'en sort pas.
Ce n'est pas son premier, on vient de traverser les deux miens, c'est un homme extrêmement fort et si je suis avec lui il m'a dit être invincible, c'est le sentiment que j'avais et que j'ai toujours, je suis invincible face à mon cancer du sein grâce à lui parce que jamais, je n'ai lu dans ses yeux compassion, tristesse, apitoiement.
Il m'a dit avoir souvent pleuré mais a eu la force de ne jamais me montrer ses craintes.
Je dois être comme lui et je vous demande, si vous le voulez bien, de m'aider, parce que je suis fragile, fatiguée par mon cancer et les médocs et que j'ai, de plus, énormément de souci avec ma fille.
Ici, si vous le permettez, ce sera mon défouloir, et si je coule, je sais que l'une d'entre vous me tiendra la main.
Parce que vous êtes fabuleuses.
Fanfan