Re : pour ou contre l'avortement
Comment diminuer le nombre d'IVG en France ?
Pourquoi tant de grossesses non désirées en France et d'IVG, alors que la contraception est massivement utilisée ? Comment améliorer la situation ? Les pistes des auteurs du rapport de l'Inspection générale des affaires sociales, qui ont interrogé des centaines d'acteurs de la contraception et de la gynécologie.
Paradoxe en France : la contraception pour tous est une réalité ou presque, mais le nombre d'IVG reste élevé, à l'inverse de ce qui est observé à l'étranger. Même si le taux de natalité en France, autour de deux, reste le plus élevé d'Europe, cette situation est préoccupante, l'IVG étant une épreuve lourde à supporter pour les femmes qui y ont recours.
Un nombre d'IVG toujours élevé
Le 4 juillet 2001, une loi destinée à mieux encadrer et prévenir
l'Interruption de grossesse (IVG) a été votée. Elle a notamment permis de faciliter l'accès à l'IVG médicamenteuse - méthode désormais utilisée dans près d'un cas sur 2 -, de donner un droit d'accès à la contraception aux mineures sans autorisation parentale et de généraliser, en théorie, l'éducation sexuelle en milieu scolaire.
Pourtant depuis 2002, le nombre d'IVG reste stable, autour de 200 000 en métropole (et 13 000 dans les départements d'Outre-mer), à l'inverse de ce qui se passe dans d'autres pays européens, où la diffusion de la contraception a entraîné une diminution des IVG1.
Pourquoi une telle stabilité, malgré les efforts législatifs réguliers et l'amélioration de l'offre en matière de contraceptifs, notamment avec l'apparition de nouveaux moyens plus facile à utiliser ?
Une contraception pourtant accessible à tous ou presque
Les auteurs du rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), s'appuyant sur les données du Baromètre santé 2005 de l'Inpes2, soulignent en effet que les trois quarts des personnes de 15 à 54 ans utilisent un moyen de contraception, "ce qui représente un taux de diffusion parmi les plus élevés au monde" :
- Près de 60 % des femmes utilisent la pilule, usage encore plus répandu chez les jeunes - 80 % chez les 15-19 ans, 90 % des 20-24 ans ;
- Près d'une femme sur 4 utilise un stérilet, en général après 35 ans et une ou plusieurs grossesses ;
- 11 % utilisent le préservatif comme moyen de contraception, en particulier les plus jeunes (20 % chez les 15-20 ans) ;
- Les autres moyens - implant, anneau vaginal, patchs - sont beaucoup moins répandus.
Une diffusion large mais qui ne s'accompagne pas d'une baisse, pourtant attendue, du nombre d'IVG.
Contraception : une mauvaise utilisation très fréquente
"72% des femmes qui recourent à l'IVG étaient sous contraception", soulignent les auteurs du rapport1 ! Parmi ces femmes, 23 % prenaient la pilule et 19 % utilisaient un préservatif, deux modes de contraception pourtant efficaces s'ils sont utilisés correctement. La moitié ont également changé il y a moins de 6 mois de contraceptif, ce qui a pu entraîner une mauvaise utilisation.
L'ampleur des échecs de la contraception est donc en cause dans le nombre d'IVG. Selon une "étude action" lancée en 2004 dans les départements du Rhône, de la Seine-Saint-Denis et de la Somme3, 92 % des femmes sous pilule avaient par exemple oublié de la prendre entre 1 et 5 fois au cours des 6 derniers mois !
De plus en cas d'oubli, un tiers des utilisatrices disent "ne rien faire de particulier", alors que cet oubli survient dans près d'un cas sur deux la première semaine, ce qui les expose particulièrement à un risque de grossesse. Le recours à la
contraception d'urgence ("la pilule du lendemain") est également loin d'être systématique en cas de rapport à risque, bien qu'elle soit gratuite pour les mineures. En aucun cas, l'usage de cette pilule très dosée ne s'est substitué à la contraception classique, contrairement à une idée reçue1.
Il y a donc un manque d'explications, de conseils, d'information de l'utilisatrice sur le bon usage de la contraception, qui peut en partie expliquer le nombre élevé d'IVG.
La sexualité des mineurs, encore trop souvent un tabou
Le rapport de l'Igas relève également le nombre important de grossesses précoces : chaque année, il y a 4 500 naissances chez les moins de 18 ans, chiffre en augmentation (11 000 en 1980). Même si ce chiffre est bien inférieur à celui des pays anglo-saxons, les auteurs insistent sur les conséquences néfastes d'un déni de la sexualité juvénile, qui "se rencontre dans des contextes culturels et religieux divers, qui ne se limitent pas aux seules populations issues de l'immigration et de religion musulmane".
D'autres comportements ou situations favorisent la survenue de ces
grossesses adolescentes, en sus d'une recherche d'identité et d'un statut économique et social qui leur sont par ailleurs refusés : absence de contraception, dissimulation de la prise de pilule ou plaquettes confiées à une copine, vie sexuelle clandestine, et surtout manque de connaissances. Ainsi, deux tiers des filles de 3ème pensent par exemple qu'on ne peut pas tomber enceinte lors du premier rapport sexuel… Autant de facteurs sur lesquels seraient efficaces une information, une éducation et une prévention ciblées sur les mineurs.